Insights
Lutter contre la haine dans les urnes : la résistance queer lors des élections de 2026
Region(s)
TOPIC(s)
Type
Commentary
Author(s)
Publish Date
May 15, 2026
Share
À l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie, la biphobie, l’intersexophobie, et la transphobie (IDAHOBIT), Venus Aves, autrice principale du prochain rapport mondial d’Outright sur les élections, partage des exemples de queerphobie et de résistance queer liés aux élections depuis janvier 2026.
En 2024, la haine était au cœur des scrutins dans environ 85 % des pays ayant organisé des élections, comme le montre le rapport Queering Democracy d’Outright, le rapport mondial le plus complet à ce jour sur la participation des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, intersexuées et queer (LGBTIQ) aux élections. Au cours de cette « année électorale exceptionnelle », des responsables politiques ont mené des campagnes anti-LGBTIQ dans 51 des 61 juridictions examinées dans le rapport : des candidat.e.s à la présidence rivalisant d’engagements pour faire adopter une loi anti-LGBTQ au Ghana au Parti républicain dépensant 200 millions de dollars en publicités de campagne anti-trans aux États-Unis.
Cette année, environ 55 pays appellent leurs citoyen.ne.s aux urnes. Alors que je menais des recherches sur l’évolution de la situation électorale pour le rapport de suivi de Queering Democracy (qui sera publié début 2027), j’ai découvert de nouveaux exemples de queerphobie politique, à peine quatre mois après le début de l’année 2026. Pour n’en citer que quelques-uns :
- À l’approche des élections générales en Ouganda en janvier, des membres du parti au pouvoir ont accusé leurs adversaires électoraux de « promouvoir l’homosexualité », une accusation passible de 20 ans de prison.
- Au Pérou, un candidat à la présidence d’extrême droite a proféré une menace de viol homophobe à l’encontre du responsable électoral dans le but de faire annuler les résultats. Un autre candidat à la présidence a été constamment interrogé sur son homosexualité présumée—un examen minutieux inutile qui l’a néanmoins conduit à défendre le droit des personnes à « vivre leur sexualité comme elles l’entendent ».
- À l’approche des élections régionales en Saxe-Anhalt, en Allemagne, en septembre, le parti d’extrême droite AfD a dévoilé son programme le plus extrémiste à ce jour, s’engageant à éradiquer « l’idéologie du genre » et la « doctrine arc-en-ciel » en supprimant, entre autres, les programmes d’études sur le genre, les quotas de genre, la budgétisation sensible au genre et l’éducation sexuelle complète. L’AfD est actuellement en tête des sondages avec une large avance.
- À l’approche des élections générales de mi-mandat aux États-Unis en novembre, les membres du Parti républicain soumettent des mesures anti-transgenres au vote dans au moins quatre États, visant les soins d’affirmation de genre et la participation des personnes transgenres dans le sport.
La liste complète est longue et devrait s’allonger, mais il en va de même pour la liste des récits de résistance queer pour la démocratie en 2026 :
Gagner une représentation politique
L’Inde et le Népal ont élu leurs premières législatrices ouvertement trans. Alors que les sociétés sud-asiatiques ont traditionnellement accepté certaines formes de diversité de genre, ces victoires constituent un exploit significatif à un moment où les acteur.rice.s anti-trans progressent vers le renversement ou l’affaiblissement de droits durement acquis.
La Colombie a vu émerger sa première candidate à la présidence ouvertement lesbienne lorsque Claudia López s’est qualifiée en tant que candidate indépendante, s’engageant à s’appuyer sur le soutien des citoyens de base plutôt que sur les donateurs des grands partis. López a également été la première maire ouvertement queer du pays et la première femme à occuper ce poste dans la capitale, Bogotá. Bien qu’elle ne soit pas actuellement favorite selon les sondages, sa candidature est en soi significative dans un pays qui a récemment vu le nombre de ses élu.e.s queer diminuer.
Mobiliser les électeur.ice.s dans des contextes hostiles
Les électeur·ices hongrois.e.s se sont rendu·es aux urnes en nombre record en avril pour chasser Viktor Orbán dix mois après la marche historique de la Pride 2025, la plus grande manifestation jamais organisée dans le pays. Pour la militante transgenre Marina E. Sáenz, c'est le peuple qui a « mis un terme à Orbán » lors de cette marche de la Pride, soulignant ainsi le pouvoir catalyseur de cet événement.
En Ouganda, où les relations entre personnes du même sexe sont interdites et où l’« homosexualité aggravée » est passible de la peine capitale depuis 2024, le directeur exécutif de Let’s Walk Uganda, Edward Mutebi, a déclaré à un média que « la crainte de représailles a limité la visibilité et la participation directe tout au long du cycle électoral ». Cependant, dans un contexte de campagne marqué par une rhétorique homophobe, Let’s Walk Uganda s’implique dans le processus électoral en organisant des actions informelles de sensibilisation des électeur.rice.s, des discussions communautaires et des formations sur la sécurité électorale à l’intention des jeunes transgenres.
Au Kenya, des groupes queer, menés par l’Initiative for Equality and Non-Discrimination (INEND) et galck+, ont lancé en mars une campagne de mobilisation des électeur.rice.s en vue des élections générales prévues en 2027. La campagne « Queering the Ballot » de ces groupes vise à promouvoir la pleine inclusion des Kenyans LGBTIQ dans la démocratie, avec une stratégie s’appuyant sur une étude de 2024 sur la participation politique des minorités sexuelles et de genre dans 14 des 47 collectivités locales du Kenya et sur les enseignements tirés de la première campagne « Queering the Ballot » lors des élections de 2022.
Dans les pays où l’extrême droite gagne du terrain, les militant.e.s queer se mobilisent également pour relever le défi.
La France se dirige vers une élection présidentielle décisive en 2027, le parti d’extrême droite Rassemblement national étant actuellement en tête des sondages. En amont du scrutin, les défenseur.se.s des droits des personnes queer ont dialogué avec les candidat.e.s lors des élections municipales de mars 2026 par le biais de lettres de plaidoyer et d’un guide sur les mesures politiques favorables aux personnes queer au niveau municipal, cherchant à obtenir des engagements concrets en matière d’égalité.
En Bavière, en Allemagne, les incidents de haine homophobe et le soutien au parti d’extrême droite AfD sont tous deux en hausse. Les militant.e.s réagissent en promouvant la visibilité des candidat.e.s queer lors des élections locales de mars 2026.
Au Pérou, où les élections de cette année ont vu une vague de candidatures d’extrême droite, le Victory Institute a formé plus de 300 militant.e.s queer dans le cadre d’une stratégie à long terme pour la représentation politique. Certains ancien.ne.s élèves de l’institut se présentent désormais aux élections.
L’égalité à l’ordre du jour
Un an après l’adoption de la loi sur le mariage pour tous en Thaïlande, les groupes trans et queer orientent désormais le débat vers la reconnaissance légale de l’identité de genre. Ce thème a trouvé sa place dans le programme électoral du Parti du Peuple, le plus grand parti d’opposition du pays. Le parti s’est engagé à « permettre aux personnes transgenres de choisir le titre de leur choix », car les « titres traditionnels » tels que « M. », « Mme » et « Mlle » ne « reflètent plus fidèlement la réalité des personnes ayant des identités de genre diverses ». Les cartes d’identité et les passeports thaïlandais indiquent des titres ou des préfixes basés sur l’âge de la personne et le sexe attribué à la naissance. Bien que cette proposition ne soit pas à la hauteur d’une reconnaissance de genre fondée sur les droits, elle constitue une étape importante vers une reconnaissance pleine et entière.
Surveillance de la haine
Au Brésil, une démocratie aux prises avec des niveaux élevés de violence politique, l’organisation de la société civile VoteLGBT surveille les signalements de violences ou de menaces à l’encontre de candidat.e.s queer par le biais de Sentinela, un outil en ligne lancé en 2024 pour recueillir ces signalements et renforcer la base de données factuelles contre la violence politique fondée sur le genre. La plateforme oriente également les victimes vers un soutien psychologique gratuit. Sentinela facilite également l’accès à la justice, grâce à un accord de coopération avec le ministère des Droits de l’Homme et de la Citoyenneté (MDHC) qui permet le renvoi direct des dossiers. L’élection présidentielle d’octobre oppose le président sortant Lula de Silva au sénateur Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président emprisonné Jair Bolsonaro.Flávio Bolsonaro a activement courtisé le vote évangélique et a déjà fait preuve de démagogie autour de l’« idéologie du genre » ; dans ce contexte, l’outil Sentinela est certain de jouer un rôle crucial.
La résistance queer au cœur de la démocratie
Ces récits de résistance queer nous rappellent que les personnes queer continuent de croire en la promesse de la démocratie, même si celle-ci est menacée dans le monde entier. Si la régression antidémocratique touche tout le monde, ce sont les minorités qui en font les frais.Malgré la diversité de leurs stratégies, les politicien.ne.s de tous bords se servent de la haine comme d’une arme, tant dans les démocraties libérales que dans les régimes autoritaires. Certain.e.s présentent à tort les identités queer comme étrangères pour exploiter les sentiments nationalistes, tandis que d’autres adoptent une ligne dure contre « l’idéologie du genre » pour s’attirer le soutien des acteur.rice.s occidentaux opposés au genre. Certain.e.s recourent à la queerphobie pour renforcer leur crédibilité en tant que défenseur.se.s des « valeurs traditionnelles », tandis que d’autres font des minorités sexuelles et de genre des boucs émissaires pour détourner l’attention des véritables problèmes qu’iels refusent d’aborder.
Iels envoient tous.tes un seul message : les minorités sexuelles et de genre n’ont pas leur place dans la vie politique. Les personnes queer ne sont pas des citoyen.ne.s à part entière et égaux, mais des cibles légitimes pour gagner des voix.
Les personnes LGBTIQ constituent un indicateur important du recul démocratique. Étant parmi les premières victimes de la répression autoritaire, les personnes queer acquièrent une perspicacité et une expérience dans la lutte. Toute personne soucieuse de l’avenir de la démocratie doit reconnaître que la lutte contre la queerphobie est au cœur de notre combat démocratique commun. Comme l’a déclaré le groupe queer slovène Ljubljana Pride Association dans une campagne précédant les élections législatives de mars 2026 :
La communauté LGBTIQ+ fait partie de la démocratie–et notre vote compte… Les droits humains des personnes LGBTIQ+ ne sont pas une question marginale. C’est une question de démocratie. Quand iels s’attaquent aux droits des personnes trans, quand iels restreignent la liberté de réunion, quand iels propagent des discours de haine–iels ne s’attaquent pas seulement à une communauté. Iels s’attaquent aux fondements de la démocratie.
Si vous disposez d’informations sur la participation des personnes LGBTIQ et les campagnes liées à la communauté queer lors des élections de 2026, veuillez contacter Venus Aves à l’adresse [email protected]. Nous rédigeons actuellement notre rapport mondial sur les élections de 2026, qui sera publié début 2027.
Take Action
When you support our research, you support a growing global movement and celebrate LGBTIQ lives everywhere.
Donate Now